Si votre vol easyJet au départ de France a été annulé pour cause de grève des navigants, vous avez droit au choix entre le remboursement du billet sous 7 jours et un réacheminement, à une prise en charge sur place (repas, hôtel, transferts) et, parce que la grève vient du personnel de la compagnie, à une indemnisation de 250, 400 ou 600 € que la Cour de justice de l’UE refuse de tenir pour écartée par une « circonstance extraordinaire ».
En bref #
- Remboursement sous 7 jours ou réacheminement : dû quelle que soit la cause (article 8 du règlement CE 261/2004).
- Prise en charge gratuite : repas, hôtel si l’attente couvre une nuit, transferts, deux appels ou courriels (article 9).
- Indemnisation de 250 €, 400 € ou 600 € selon la distance, sauf si vous avez été prévenu plus de deux semaines avant le départ (articles 5 et 7).
- Point clé : une grève du personnel de la compagnie n’est pas une « circonstance extraordinaire » (CJUE, C-28/20) ; une grève des contrôleurs aériens, si.
Où en est la grève easyJet au 18 août 2026 #
Les personnels navigants commerciaux (PNC) d’easyJet France ont fait grève samedi 15 et dimanche 16 août 2026 sur les six bases françaises (Orly, Roissy, Lyon, Nice, Nantes, Bordeaux), à l’appel d’une intersyndicale SNPNC-FO, UNPNC-CFDT, UNAC-CFE-CGC.
Selon franceinfo, une centaine de vols au départ de la France ont été annulés ; le SNPNC-FO fait état de 98 annulations, dont 47 le samedi et 51 le dimanche. La compagnie indique les avoir annulés à l’avance pour prévenir les passagers.
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Le préavis court du 7 août au 2 septembre 2026. Après une réunion avec la direction le lundi 17 août, William Bourdon, secrétaire du SNPNC-FO, déclarait à L’Écho Touristique : « Nous repartons avec un goût amer et la volonté de durcir le mouvement ». L’intersyndicale met en cause l’instabilité des plannings, modifiés selon elle « 50, voire 60 fois par semaine ».
Le conflit n’est pas clos au 18 août 2026 : la situation peut évoluer d’un jour à l’autre. Vérifiez le statut de votre vol sur le site ou l’application de la compagnie avant de partir.
Vos trois droits #
1. Remboursement ou réacheminement (article 8)
Le droit le plus solide : il est dû même quand la compagnie invoque une circonstance extraordinaire. Trois options au choix : remboursement du billet sous sept jours au prix payé, réacheminement dans les meilleurs délais, ou réacheminement à une date ultérieure, à votre convenance. Si l’on vous replace d’office sur un vol qui ne convient pas, opposez le remboursement.
2. Prise en charge pendant l’attente (article 9)
Gratuitement : des repas « en suffisance compte tenu du délai d’attente », un hébergement à l’hôtel si une ou plusieurs nuits d’attente sont nécessaires, le transport aéroport-hôtel et deux appels ou courriels. Si rien n’est proposé, avancez les frais et gardez les factures : le remboursement se demande sur pièces, à hauteur de dépenses raisonnables.
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3. Indemnisation forfaitaire (article 7)
Elle s’ajoute au remboursement sans le remplacer, et ne dépend ni du prix du billet ni du préjudice subi mais de la distance orthodromique du vol.
| Vol concerné | Indemnisation |
|---|---|
| Tous les vols de 1 500 km ou moins | 250 € |
| Vols intracommunautaires de plus de 1 500 km, et tous les autres vols de 1 500 à 3 500 km | 400 € |
| Tous les autres vols (au-delà de 3 500 km, hors trajet intra-UE) | 600 € |
Le piège classique : un vol intra-UE reste plafonné à 400 €, même au-delà de 3 500 km. L’indemnisation se paie en espèces, par virement ou par chèque — et en bons de voyage uniquement avec votre accord signé (article 7, paragraphe 3).
Grève interne ou externe : la nuance qui décide de tout #
C’est le point qui décide de l’indemnisation, et celui que les compagnies laissent volontiers dans le flou. L’article 5, paragraphe 3, dispense d’indemniser le transporteur qui prouve des circonstances extraordinaires : la charge de la preuve pèse sur lui, pas sur vous.
Or la Cour de justice de l’Union européenne a tranché en grande chambre le 23 mars 2021 (C-28/20, Airhelp c/ Scandinavian Airlines System) : une grève « entamée à l’appel d’un syndicat du personnel d’un transporteur aérien effectif, dans le respect […] du délai de préavis […], destinée à porter les revendications des travailleurs de ce transporteur […], ne relève pas de la notion de circonstance extraordinaire ». Elle y voit un événement « interne » à l’entreprise. Deux arrêts confirment : C-195/17 e.a., Krüsemann c/ TUIfly (17 avril 2018, « grève sauvage » après une annonce de restructuration) et C-613/20, CS c/ Eurowings (6 octobre 2021, grève de solidarité d’une filiale).
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À l’inverse, le même arrêt précise que les grèves « suivies par des contrôleurs aériens ou du personnel d’un aéroport » échappent à sa maîtrise effective et constituent, elles, des circonstances extraordinaires. D’où la règle pratique : grève des navigants ou pilotes de la compagnie → indemnisation en principe due ; grève des contrôleurs aériens → remboursement et prise en charge dus, indemnisation refusable.
Une réserve (point 45) : si la grève « trouve son origine dans des revendications que seuls les pouvoirs publics peuvent satisfaire », elle peut redevenir extraordinaire. Chez easyJet, elles portent sur les plannings et les conditions de travail, qui relèvent de la direction. Le juge reste seul à trancher.
Quand l’indemnisation n’est pas due #
L’article 5 l’écarte dans trois cas, quelle que soit la cause de l’annulation :
- Au moins deux semaines avant l’heure de départ prévue.
- De deux semaines à sept jours avant, avec un réacheminement partant au plus tôt deux heures avant et arrivant moins de quatre heures après l’heure prévue.
- Moins de sept jours avant, avec un réacheminement partant au plus tôt une heure avant et arrivant moins de deux heures après.
Ajoutez la réduction de 50 % de l’article 7, paragraphe 2 : si le réacheminement vous fait arriver avec moins de 2 h de retard (vols ≤ 1 500 km), moins de 3 h (intra-UE de plus de 1 500 km et autres vols de 1 500 à 3 500 km) ou moins de 4 h au-delà, le montant est divisible par deux. C’est à la compagnie de prouver qu’elle vous a informé, et quand (article 5, paragraphe 4). Depuis l’arrêt Sturgeon du 19 novembre 2009 (C-402/07), un retard de trois heures ou plus à l’arrivée ouvre le même droit.
Comment réclamer, étape par étape #
- Réunissez les preuves : réservation, carte d’embarquement, message d’annulation horodaté, factures.
- Réclamez via le service d’aide de la compagnie, en trois demandes distinctes : remboursement ou réacheminement (article 8), frais engagés (article 9), indemnisation (article 7) avec son montant.
- Relancez par écrit : mise en demeure en recommandé avec accusé de réception, en citant l’arrêt C-28/20.
- Saisissez le Médiateur du Tourisme et du Voyage : gratuit, après 60 jours d’attente et sur une réclamation de moins de 12 mois, si le professionnel adhère au dispositif.
- Signalez le litige à la DGAC, chargée de faire appliquer le règlement en France : elle sanctionne les manquements mais ne verse pas d’indemnité à la place de la compagnie, et exige une réclamation préalable sans réponse depuis deux mois.
Le délai pour agir en justice relève du droit national (CJUE, C-139/11) : en France, cinq ans (article 2224 du code civil).
Questions fréquentes #
La grève easyJet m’empêche-t-elle d’être indemnisé ?
Non, en principe : c’est une grève du propre personnel de la compagnie, à l’appel de syndicats. Selon l’arrêt CJUE C-28/20 du 23 mars 2021, ce mouvement n’est pas une « circonstance extraordinaire » et n’exonère donc pas le transporteur de l’indemnisation de l’article 7. Le juge tranche au cas par cas.
easyJet me propose un bon d’achat : dois-je l’accepter ?
Non. L’article 7, paragraphe 3, ne permet les bons de voyage qu’avec l’accord signé du passager : vous pouvez refuser l’avoir et exiger un versement en espèces, par virement ou par chèque.
Sous quel délai serai-je remboursé ?
L’article 8 fixe sept jours, au prix payé. Ce délai est fréquemment dépassé : c’est le point de départ d’une relance écrite, puis d’une saisine du médiateur passé 60 jours.
À retenir #
Trois droits cumulables : remboursement sous 7 jours ou réacheminement et prise en charge, dus quoi qu’il arrive ; indemnisation de 250 à 600 € si vous avez été prévenu moins de deux semaines avant le départ, et la jurisprudence européenne penche nettement du côté du passager quand ce sont les salariés de la compagnie qui cessent le travail. Documentez tout, réclamez par écrit en citant les articles, et ne signez aucun bon d’achat sans l’avoir voulu.
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Sources : règlement (CE) n° 261/2004 (EUR-Lex) ; CJUE C-28/20, C-195/17 e.a., C-613/20, C-402/07, C-139/11 ; franceinfo, L’Écho Touristique. Publié le 18 août 2026, mouvement en cours.